Burn out: quel bilan 1 an après?

Cela fait maintenant près de 18 mois que j’ai pris conscience que « ça ne va pas et ça ne peut pas durer » (voir un des 1er articles, sur le sujet) et que j’ai contacté ma psy. Quel bilan puis-je tirer de ces quasi 18 mois? Où est-ce que j’en suis aujourd’hui? Est-ce que ça va mieux? Suis-je complètement sortie d’affaire?

Ça fait un moment que je réfléchis à cet article, à la suite notamment de Maman BCBG et de son article sur le même sujet, sans avoir encore eu le temps de le boucler complètement. Et puis il y a eu le 6 août, qui a fortement rebattu les cartes (vous comprendrez dans la suite du post). J’ai donc essayé de faire un bilan avant et après le 6 août. Attention: Pavé !

Au début de l’été

Lors du rendez-vous de juillet avec ma psy, on faisait justement un bilan sur cette année écoulée et le chemin parcouru. On se disait que je verrais après l’été si je voulais/devais encore venir la voir, si j’en avais besoin. J’étais alors relativement sereine: sans doute un ou deux rendez-vous de temps en temps seraient nécessaires mais pas avec la même fréquence que ces 12 derniers mois.

Au début de l’été, ça va mieux. Je reprends du plaisir à être avec mes filles, à jouer avec elles. On cherche des solutions innovantes pour faire comprendre à Numérobis que « la nuit on dort » (avec plus ou moins de succès). J’ai fait des changements importants dans ma vie pour essayer de rétablir un certain équilibre: changement de boulot et de rythme professionnel, plus de temps pour moi (et sans culpabiliser), je ne cherche plus à être la mère parfaite (variante sur le thème de la « bonne mère »), je n’ai plus de complexe à faire avec ce que j’ai et ce que j’ai le temps de faire (et j’abandonne l’idée utopique de plats faits maison bio avec des produits locaux achetés au producteur du coin, tous les soirs), j’accepte (plus ou moins facilement) de demander de l’aide et d’accepter celle qu’on me propose.

Nous avons déménagé pour plus d’espace et un jardin, donc plus loin du centre mais surtout plus près du travail de SuperPapa. Moins de bouchons pour lui, un temps de trajet plus sur : c’est donc plus facile pour moi de compter sur lui pour déposer/aller chercher les filles à l’école ou chez la nounou. Je ne suis plus la seule à gérer les filles, matin et soir. Et c’est un grand soulagement !

J’ai changé de travail. Exit le boulot passionnant mais beaucoup trop prenant, que ce soit en termes d’horaires ou de charge mentale (gamberger toute la nuit parce qu’on n’a pas encore résolu tel problème, qu’on n’a pas fini le compte-rendu de telle réunion ou le rapport duschmol, ça va un moment mais c’est difficilement compatible avec une vie de famille où je veux voir mes enfants, et où NuméroBis dort super mal). J’ai tenu 18 mois dans ce poste à responsabilités alors que NuméroBis se réveillait entre 4 et 10 fois par nuit TOUTES LES NUITS. J’ai cru que j’allais mourir. Nous avons donc décidé avec SuperPapa qu’il était indispensable que je change de travail, pour un travail moins prenant mentalement, plus zen, malgré tout intéressant, et surtout qui me permette de prendre un temps partiel. Effectivement, mon nouveau poste est aux 3/5e, avec un congé parental à temps partiel, NuméroBis ayant moins de 3 ans. C’est légal, votre employeur ne peut pas vous le refuser (après, c’est plus ou moins bien accepté en fonction des boîtes et de votre supérieur hiérarchique bien sur). Et bien, ce temps partiel me change la vie. J’ai du temps pour moi, pour les filles, pour faire autre chose que mon travail qui n’occupe plus la quasi intégralité de ma semaine: ma semaine ne s’organise plus uniquement autour de mon travail; mon travail est une des composantes de ma semaine. Je suis moins stressée que l’une des filles soit malade: j’ai mes jours de temps partiel pour gérer. Et ça change tout.

Après, tout n’est pas rose non plus. J’ai toujours des angoisses: à l’approche des week-ends et vacances pendant lesquels on devra prendre la voiture (NumberOne est malade en voiture et je suis émétophobe); de la moindre toux ou du plus petit « j’ai mal au ventre » qui peut se transformer potentiellement en gastro; des rencontres familiales ou amicales pendant lesquelles les filles peuvent être malades (et on recommence, vous avez compris le schéma…). Je supporte toujours aussi mal les pleurs et cris de NuméroBis, même si j’essaye de m’énerver moins vite et de comprendre. J’ai toujours des phases pendant lesquelles je regrette ma vie d’avant, celle sans enfants et sans contraintes. Celle de la liberté. Mais comme je reprends du plaisir à voir grandir mes filles, ces moments durent de moins en moins longtemps. Je m’autorise aussi des moments de pause, pour moi.

Depuis le 6 août

Mais qu’est-ce qu’elle a avec son 6 août? C’est le début des vacances qui la stresse?

Ça pourrait (et vous allez voir pourquoi) mais ça n’est pas ça. Le 6 août ma maman a fait un AVC. Aujourd’hui elle est en vie et c’est déjà pas mal. Mais la vie de toute la famille a radicalement changée. Je suis persuadée (même s’il est trop tôt pour savoir comment ça va évoluer au final) qu’il y aura « la vie avant » et « la vie après ».

La conséquence pour moi, très égoïstement (une fois le choc passé et l’organisation plus ou moins mise en place), c’est que d’un plan « vacances tranquilles en famille avec mes parents pour m’aider avec les filles », on est passé à « plus de parents dispo du tout pour m’aider, tout le monde qui accuse le coup (normal), une organisation de toute la maison à revoir et à gérer ». Sur fond de 4 semaines de gastro chez les filles. Oui oui, 4 semaines. Et les médecins qui disent « donnez-lui de la levure Madame, ça va aller il n’y a rien à faire » (je caricature à peine). Heureusement, la solidarité familiale a joué à plein (ils se reconnaîtront); mais ça ne remplace pas les parents.

Alors forcément, un contexte aussi glamour, ça n’aide pas beaucoup sur le plan du Burn out maternel. J’ai eu l’impression de replonger plus bas que terre (surtout quand on a entamé la gastro de la 4e semaine, là j’ai clairement pété un plomb et je me suis barrée quasi toute la journée). J’ai recontacté ma psy en urgence. Et je me suis dit « ça ne s’arrêtera jamais, je ne m’en sortirai pas ». L’impression d’être en prison est revenue vitesse grand V, à la différence que je m’y suis mise toute seule dans cette prison, et que j’ai jeté la clé aux crocodiles. J’ai donc eu du mal à profiter de mes « vacances » (faut le dire vite, vacances); même nos plans pour se reposer sont tombés plus ou moins à l’eau, pour cause de gastro.

Là où je vois que ça va mieux, c’est que je remonte plus vite la pente après ces coups de moins-bien. Même si j’ai l’impression de retomber aussi bas qu’avant, je m’en sors mieux et plus facilement.

Et le point positif de l’accident de ma maman (si on peut y trouver du positif), c’est que ça me donne l’occasion d’avoir un week-end toute seul par mois pour aller la voir; pas vraiment une réelle pause mais au moins un break des filles. Que je prends sans scrupule et sans complexe.

  • Et maintenant?

Maintenant ça va. Ce n’est pas encore fini et je ne m’estime pas encore sortie d’affaires. Je n’ai pas encore évacué totalement les images de prison, les envies de fuites, les coups de mou à cause de trop de cris trop fort et de nuits encore un peu compliquées. Je suis toujours émétophobe et ai donc toujours peur des gastro et autre vomito en voiture (avec des enfants, c’est bête quand même). On n’arrive pas à prendre suffisamment de temps off en couple, de vraie coupure. J’ai toujours du mal à accepter l’aide qu’on me propose voire qu’on m’impose (voir Apprendre à recevoir, apprendre à demander)

Mais ça va mieux. On avance tranquillement tous ensemble pour retrouver un équilibre familial plus pérenne et vivable. On travaille sur l’hypersensibilité de NuméroBis (cette découverte m’apporte beaucoup pour mieux la comprendre et donc mieux la gérer). On adapte aussi nos projets à la situation actuelle, que ce soit pour les vacances, les week-end etc.

Notre entourage proche a pris conscience qu’il y a eu un problème et que ça va mieux. Même si certains tiquent encore au nom de « burn out maternel » et ne semblent pas vraiment accepter cette idée.

Je n’ai plus aucun problème à dire à qui veut que je vois une psy depuis plus d’un an, tous les mois et que ça me fait un bien fou. Et je suis très contente de cette démarche qui m’a été vitale au début et m’est encore très utile aujourd’hui et me permet de traiter des angoisses et traumatismes plus ou moins anciens, plus ou moins forts.

Il reste encore du chemin, mais on avance et ça va mieux. Je pourrais même dire que je vois le col.

  • Quelques adaptations

J’ai pris un peu de recul face à certaines exigences que je m’étais fixée plus ou moins volontairement, poussée par la pression sociale et cette idée récurrente de ce qu’une « bonne mère » doit faire. J’ai aussi changé certains aspects de mon organisation, ce qui m’offre plus de souplesse. Par exemple:

  • Changement de mode de garde (fini la Garde partagée: on est passé à l’AssMat puis à la crèche). Conséquence directe: je n’ai plus à préparer les repas ni même à faire les courses pour que la nounou puisse les préparer. Une ligne en moins dans ma check-liste, autant de charge mentale en moins.
  • Je suis passée à temps partiel. Alors oui, ce n’est pas neutre financièrement, mais ça m’offre une plus grande sérénité face aux inévitables maladies (surtout la 1e année de crèche, ça m’amuse d’avance…) des enfants. Moins de réunions potentiellement impactées ou de contraintes pro: j’ai mes jours off de prévus, chaque semaine.
  • « Manger 5 fruits et légumes par jour »: alors d’une part pour les enfants, c’est à nuancer. De plus, les enfants mangent à la cantine/à la crèche, avec entrée, légumes et fruit à chaque repas. Donc s’il n’y en a pas certains soirs de semaines, on survit très bien.
  • Les légumes frais c’est mieux, c’est vrai. Mais les conserves et soupes préparées ça marche bien aussi. J’entends déjà les remarques du fond sur le thème « tu peux les préparer le week-end ». Oui, mais j’ai aussi envie de faire autre chose de mon week-end que passer 3H à faire les soupes de la semaine (cf. le 6 août notamment). Vivent les conserves, Vive Picard. (SuperPapa ne fait aucune réflexion, de peur que je lui propose de gérer le dîner. Très efficace comme technique).
  • Je me suis lancée dans la haute-gastronomie le soir pour le dîner des enfants. Mon plus gros succès? La purée mousseline (et pourtant, Dieu sait que j’ai dénigré la purée mousseline). Je varie quand même et j’alterne avec des pâtes (fraîches ou pas), de la semoule, du riz, … N’importe quoi qui se prépare rapidement et/ou tout seul. Pour la variété des goûts, je compte sur l’école (la nôtre est plutôt bien pour ça) et on se rattrape le week-end. Le fromage préféré de mes enfants? ça varie entre le Roquefort et le camembert un peu fait. Alors je me dis que tout n’est pas perdu sur le plan du goût. De temps en temps j’arrive même à anticiper le dîner et là, je me sens SuperMaman.
  • Avant, je m’imposais de donner absolument le bain avant le dîner en semaine. Quitte à courir au bain (voire dans le bain), courir pour préparer le dîner, lutter pour avoir un dîner qui se passe à peu près normalement malgré la fatigue générale. Mais ça, c’était avant. Maintenant, si je rentre trop tard, si c’est un peu juste ou si les filles ont simplement envie de jouer un peu et de se détendre, on dîne d’abord, on prend le bain ensuite, plus tranquillement. Ça peut paraître anodin, voire stupide, mais ça a considérablement amélioré le tunnel 18h-20h.
  • Même si les sorties avec mes copines et les dîners entre copains me manquent toujours autant (et que le dernier film vu au cinéma doit être James Bond ou Star Wars), je culpabilise moins. Mes copines ont maintenant elles aussi des enfants et galèrent presque autant que moi ! Alors on prend du recul et on temporise. Elles vont bien finir par grandir, les filles ! Et quand je sors dîner avec des copains ou que je pars en week-end entre filles (cf. Pause détente: « week-end sans enfants ») j’en profite à fond.

Maman BCBG donne aussi d’autres idées que j’espère bien pouvoir mettre en pratique ! (en particulier le chocolat chaud volé le soir en attendant l’heure de la nounou…).

Je finirai sur une autre grande évolution depuis l’année dernière: je suis très attentive aux autres mères qui pourraient être dans le même cas, ou qui en ont tous les symptômes. Je fais autant de lobbying que je peux dans mon cercle de connaissance pour que les mères puissent se reposer et prendre soin d’elles sans scrupules et sans réflexion déplacée. Il y a encore beaucoup de boulot ….

6 commentaires sur “Burn out: quel bilan 1 an après?

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  1. Je ne suis pas maman et pas encore dans le désir immédiat de l’être. Mais ce texte est pour moi un vrai cadeau que tu fais aux mamans. Inconsciemment que ça soit dans notre vie de mère ou notre vie de femme, ou notre vie d’humain tout court, on nous pousse à certaines contraintes qui nous pèsent. On se met la pression nous même sur des choses qui paraissent essentielles au reste du monde et même pas forcément à nous mais on donne toute notre énergie à faire « comme il faut » et au final on s’en oublie et c’est même pesant pour les autres. Quand on en fais moins parfois ça profite plus à tous car on est de meilleure humeur, plus en forme et que la vie avec les autres est alors plus simple et douce. Je te remercie pour ce témoignage qui nous fait nous rappeler que nous sommes humaines, qu’on a le droit d’aller mal, qu’on a le droit de penser, ressentir des choses aussi mal vues qu’elles soient parce qu’au fond, c’est pas pour autant qu’on est une mauvaise personne, ça fait juste de nous de fabuleux humaines avec des émotions qui fluctuent.

    Aimé par 2 personnes

    1. merci de ce témoignage ! Si ça a pu t’aider c’est super ! Je ne cherche pas à dissuader tout le monde d’avoir des enfants (même si ça en a sans doute l’air !!) mais simplement à dire que ça n’est pas rose tout le temps. Que parfois (souvent?) on en chie pas mal. Et que oui, on a le droit d’aller mal sans pour autant être une mauvaise mère. Il faut simplement l’assumer et oser demander l’aide dont on a besoin, qu’elle quelle soit.

      Aimé par 1 personne

      1. Bien sur je comprends tout à fait. Je précisais que je n’avais pas d’enfant pour préciser que mon point de vue peu de ce fait ne pas être celui d’une maman et que je n’ai pas forcément le regard le plus expérimenté face au rôle de maman.

        Aimé par 1 personne

  2. Merci pour le lien vers mon article.
    J’imagine combien ce 6 août a rebattu les cartes en effet.
    Les pistes que tu avances sont super aussi pour faire baisser la pression, du coup j’ai testé intervertir le bain et le dîner les soirs où la fatigue et la faim rendent ce moment trop pénible… et c’est mieux comme ça !
    Et tu as raison, les enfants mangent des légumes à la cantine donc, deux ou trois soirs de coquillettes au beurre ne feront pas trop de dégâts 😉

    Aimé par 1 personne

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